Les clans roturiers et princiers en pays Boo : typologie, zones d’implantation et interdits socioculturels.
Auteurs
-Seidou MONRA, agent du Développement Rural
Mail : monras78@gmail.com
-Sabi OROU ZAKARI, journaliste et passionné du patrimoine culturel des peuples.
Mail : orouzakarisabi@gmail.com
Résumé
Chez les Boo, l’organisation sociale repose sur une dualité entre le pouvoir politique, incarné par les rois et chefs, et le pouvoir roturier, confié aux clans dépositaires de fonctions cultuelles, rituelles et occultes. Ces clans roturiers, garants de l’ordre cosmique et des traditions, se distinguent par des interdits alimentaires ou comportementaux spécifiques et par des zones d’implantation précises. Cet article propose une typologie de ces clans et analyse leur rôle dans la régulation sociale et la préservation des équilibres communautaires.
Introduction
La société Boo est structurée autour de deux pôles complémentaires :
-le pouvoir politique, exercé par les lignages royaux;
-le pouvoir roturier, détenu par des clans investis de missions cultuelles, rituelles et de gestion de la terre.
Cette séparation des pouvoirs permet d’assurer un équilibre entre gouvernance temporelle et ordre spirituel. Les clans roturiers, par leurs interdits et responsabilités, constituent un pilier de la cohésion communautaire.
Méthodologie
L’étude repose sur la collecte de données orales auprès d’informateurs traditionnels dans les communes de Kalalé, Ségbana, Nikki, Kandi et environs, ainsi que sur l’observation participante lors de rituels et cérémonies. Les informations recueillies sont organisées sous forme de tableau comparatif afin de dégager une typologie des clans roturiers.
Les clans roturiers en pays Boo
Nom du clan | Les interdits | Zone d’installation | Observations |
Wé-sé ou Soo | Viande de chat,la sauce de l’oseille de Guinée(le rouge) le riz de montagne | Kalalé,Nikki, Lougou,…. | Les sacrificateurs et chef de terre de kalalé |
Kunɛ | La viande de singe de chat de tourterelle rouge et le fruit de karité tombé en leur présence | Zambara ,Sébana Ségbana | Les présumés chefs de terre à Illo |
ɛo | Viande de l’écureuil | Ségbana, Néganzi, Gbasso |
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Nɛkasa | Interdiction de consommé le fruit de Nin et le bois de feu de Ninli , après accouchement d'un enfant Ninkassa la maman ne consomment pendant une semaine la sauce faite avec la potasse traditionnelle ,le père aussi ne dort pas dans la chambre du nouveau né pendant la première semaine.
| Ségbana, Nikki, Néganzi | Clan tchenga |
Tɛɛɔ(tèkè) Clan tchenga | Viande de singe | Ségbana,kilonagbè,Neganzi,kalalé, Bobèna, Zambara, Sebana | Chefferies de Bobèna, Zambara, Sebana et autres |
Litɛ̃ |
| Ségbana,Kalalé,Lou ,Néganzi , ,Waazi | Chefferie de Koutè |
Zube |
| Région de Déazi |
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Gyassa ou Gya | Ne prépare leur repas avec le Giali ,le Ninli ( hébène ouest africain ) | Buca,Yassia(Yassikira),Guina guru |
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Kanɛ |
| Kaama |
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Ue | Ils ne prennent pas la pâte d'hier Ne consomment pas le chat |
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Les clans princiers en pays Boo
Clans | Les interdits | Chefferies |
Sua(Souka) | Viande d’éléphant, de panthère, singe, l'écureuil. Mais les sua de Lougou dans la commune de Ségbana mange la viande d’éléphant sans croquer les os | Chefferies de Ségbana, Lougou et Kalalé (Les Saa de Lougou sont des princes de Nikki et de Kandi) |
Bãtɛ̃ | Viande de tourterelle | Chefferie de Busa |
Mao(Mako), c’est aussi un clan professionnel des Boo notamment celui des griots. |
| Chefferie de Nikki |
Sãɛ |
| Chefferie de Nikki et de Sokotindji(KIBANE) |
Sesi(Cessi), c’est aussi un clan roturier des baatombu |
| Chefferies de Nikki, de Kouandé,Tobré,Péhunco, N’Dali et de Biro |
Yai, un clan Haoussa |
| Chefferies de Nikki, Sinendé,Bori,Yaasia(Yasikira) |
Mo |
| Chefferies de Kika et Tchatchou |
Yala(Yara) |
| Chefferies de Sandilo au Bénin, kaiama et Ilesha au Nigéria |
Tue(Touré) Un clan étranger(Soudan) |
| Chefferie de Wawa au Nigéria |
Dans l’analyse de la structure lignagère de Nikki, il apparaît que l’appartenance clanique des princes n’est pas définie par leur père mais par leur mère. Ce sont donc les clans maternels qui permettent de distinguer et d’identifier les dynasties régnantes. Ainsi, les princes et rois de Nikki se rattachent en réalité aux mêmes clans que ceux de Busa, en particulier le clan Bãtɛ̃ (Batin), ce qui révèle une filiation lignagère commune entre ces deux pôles politiques
Il faut aussi noter le clan Tawɛlɛ (Traoré) s’est confondu totalement aux Boo.
Clans professionnels en pays Boo
Dans l’organisation sociale des Boo, les clans ne sont pas seulement définis par la filiation et la territorialité, mais aussi par leur spécialisation professionnelle, héritée de la tradition et inscrite dans la mémoire collective. Certains clans se distinguent par la maîtrise de savoir-faire spécifiques, transmis de génération en génération et considérés comme indissociables de leur identité sociale.
Ainsi, le clan Sio est reconnu comme celui des forgerons, détenteurs d’un savoir technique et rituel lié à la métallurgie. Le clan Muana(Mouga), quant à lui, est associé aux pratiques anciennes du travail du fer, ce qui témoigne de l’importance de la métallurgie dans l’histoire économique et culturelle des Boo. Le clan Mao se spécialise dans la fonction de griots, garants de la mémoire orale, de la musique et de la médiation sociale. Enfin, le clan Yai occupe la fonction de bouchers, rôle essentiel pour les rituels sacrificiels et l’approvisionnement alimentaire.
Ces spécialisations professionnelles ne doivent pas être comprises uniquement comme des activités économiques : elles constituent aussi des marqueurs symboliques de statut et de fonction sociale. Elles participent à la division du travail, mais également à la structuration des rapports de pouvoir et de dépendance entre clans « politiques » et « roturiers » au sein de la société Boo.
Discussion
L’analyse des clans roturiers en pays Boo met en évidence trois dimensions majeures :
1. Une fonction cultuelle : les clans comme Wé-sé ou Kounin détiennent des rôles de sacrificateurs et de chefs de terre.
2. Une régulation sociale par les interdits : les tabous alimentaires ou comportementaux assurent la distinction et la reconnaissance des lignages. Ils contribuent aussi à maintenir un ordre symbolique dans la société.
3. Une implantation territoriale structurée : chaque clan est associé à une zone géographique précise, garantissant une répartition équilibrée des fonctions au sein des communautés.
Conclusion
Les clans roturiers Boo, par leurs interdits et fonctions cultuelles, incarnent un contre-pouvoir symbolique au pouvoir politique royal. Leur rôle dépasse la sphère religieuse : ils garantissent la continuité des traditions, la gestion harmonieuse de la terre et la cohésion sociale. L’étude de leur typologie éclaire la manière dont la société Boo a su organiser une complémentarité des pouvoirs afin d’assurer stabilité et légitimité.